BAOBAB : Revue en ligne, Argumentaire
31-03-2007
BAOBAB

 

Après discussions et consultations BAOBAB est le nom que nous proposons pour cette revue en ligne. Force est de constater que la métaphore végétale n'en finit pas de servir la nomenclature des sciences de l'imaginaire. Peut-être faudra-t-il remonter au refus que la critique post moderne a opposé aux philosophes néo-romantiques, dont le discours, soucieux de prendre la mesure de l'« être » et du monde a usé et abusé d'abord du signe de la biologie animale d'inspiration darwiniste (race, espèce, sang), ensuite de celui de la biologie végétale (racine, souche). 

Dans le premier cas, l'argument principal de ce refus a consisté à désigner l'image animalière comme foyer et origine d'un ensemble de dérives nées de ce qu'on pourrait appeler imparfaitement « l'obsession de la raison hiérarchisante, exclusive et excluante »1. Il s'agissait, pour cette grille de lecture du monde et de sa diégèse, d'opérer une classification des sujets de l'histoire, catégorisés selon un certain fantasme de la « pureté » et de la « race supérieure ».

Dans le second cas, la référence végétale fut également soupçonnée de se laisser prendre au piège de la « différence ». De ce fait, telle que formulée, la métrique de la « racine » qui lui est inhérente ne peut permettre de rendre efficacement compte du mouvement du monde ou de la réalité du monde en mouvement. C'est pourquoi, sur proposition de Gilles Deleuze et Félix Guattari, la poétique du « Rhizome » a vu le jour et a longtemps prospéré, par exemple, chez Edouard Glissant et un ensemble de penseurs et créateurs contemporains.

Mais là encore, « le rhizome », dont la fonction nomade devait permettre de refuser le totalitarisme de l'enracinement n'apparaît aux yeux - entre autres- de Bernard Mouralis, que comme un lieu d' « enracinements successifs, proprement indéracinables ». Aussi préfère-t-il l'image de la liane forte de son inter-spatialité. 

« Le Baobab » trouve sa richesse, non pas dans la prétention à la perfection. Il est fort de son ambivalence, de son paradoxe, voire de toute la métaphore éclatée qu'il recèle. Il n'est pas un élément accessoire de l'arbre, il est l'arbre lui-même. Il est sans doute faible de son appui, lourd et indéracinable, mais il est aussi fier de son caractère mutable et muable. En effet, il a su dompter les clôtures pour enrichir la diversité de la géographie, (on parle du baobab africain – Adansonia digitata- et du baobab australien – Ecozone australasienne-).

Le baobab se prévaut également de sa symbolique par laquelle, il est communément désigné « arbre à palabre ». Soupape de sûreté pour son ombrage appréciable, il est un cadre de réalisation sociodramique, c'est-à-dire un lieu où s'actualise la mise en scène du social : un espace où s'évacuent les contradictions des acteurs sociaux, ainsi que l'entropie de la société elle-même. On y reçoit l'inconnu ou le voyageur lointain, à qui on propose le lait frais qui étanche la soif. Agora ou espace d'échange pour sujets différents, divers et pluriels, (hommes, femmes, enfants, jeunes et vieux), le « baobab » est un lieu d'expérimentation du « même » et de « l'autre ». Il n'est pas étranger à la mise en forme de la science, à sa transmission et sa consommation…c'est un lieu d'initiation, mais surtout de didactique….

Telle est l'ambition de cette revue en ligne. Par Baobab, il faudra entendre dorénavant, non pas uniquement une prétention à la mensuration, mais une ambition à observer toute traversée des signes de la métrique, c'est-à-dire les flux du savoir et de l'imaginaire. Baobab est alors interdisciplinarité, interdiscursivité, intertextualité et interculturalité. Il confond littérature et société, il fait dialoguer les frontières les plus supposées étanches.

  

1 Nous le soulignons

Dernière mise à jour : ( 31-03-2007 )