Avant-textes
16-09-2007
Jean-Marie Kouakou
Directeur de publication, BAOBAB

Qu’au départ de cette entreprise, on sache l’impossibilité de se prévenir des accidents à survenir au détour des aventureux chemins de la critique, c’est bien là l’aveu – certes paradoxal – d’une puissance avertie. Rien, du reste, ne peut mieux agir qu’un tel avertissement ouvrant la faveur à un lecteur convié au partage du banquet théorique qu’on lui offre ici et qui s’accomplira nécessairement à partir de la pratique de textes bien divers. Il y a tant à dire en effet et tant de risques également à courir.

Mais, à vouloir alors construire des balises à portée d’instituer une position d’enseignement à qui est chargé justement d’ouvrir la scène, le risque est bien plus grand encore. Nous ne le prendrons donc pas. Sans doute parce qu’il faut toujours garder la main. Le lecteur ne trouvera pas, en ce lieu pourtant investi de la mission d’inaugurer, de quoi assumer  de fait sa pitance et son confort. Qu’il nous en excuse. Nous n’ignorons pas la portée négative de ces introductions dramatiques rarement à même d’être annonciatrices pour guider le lecteur.

Mais qu’il se rassure : nous n’usons pas mal de cette ouverture. L’entreprise ne sera pas une imprudente excursion en effet. Elle ne sera pas incommodante non plus. En réalité, elle s’appuiera sur la conviction maintes fois entretenue qu’il n’est de théorie que dans la mesure opportune des situations qui se présentent à chaque fois. Ricardou ne disait pas qu’il existe une certaine avancée pratique de la théorie ? L’appréhension d’une telle théorie pratique conçue dans le schème de l’ouverture se confirme du reste dès l’abord même de son titre : celui intronisant le baobab, atout maître ici, signifiant de l’arborisant, de l’arborial et de l’embranchement reposant sur un signifié multiple de sens (avec ou sans "s", singulier par dénotation ou pluriel par connotations) et dont le symbolisme saute à l’œil et à l’oreille de qui veut bien voir et entendre comme il se doit, sans faire la moindre détection malicieuse. Ainsi se décline un objectif autour du virtuel, de l’imprévu, de l’espace ouvert de la théorie conçue dans les possibilités du bloc magique qui est le trait même de la critique moderne. Celle qui se conçoit tout au moins dans les chemins structuraux dont les assises sont linguistiques parce qu’il s’agit d’abord et avant tout de textes.

Mais il nous faudra bien garder la main pour ne pas la perdre justement. Il pourra alors, au besoin, être question de décider de la thématique à suivre. Dans ces cas là, mais dans ces cas seulement, l’introduction jouera alors pleinement son rôle annonciateur et impérialiste qui ne nous oblige pourtant pas déjà à évoquer les treize textes actuels qui ouvrent la série. Il faut dire qu’ils annoncent par eux-mêmes, par leurs diversités le caractère pervers d’une critique qui, pour se réaliser, a autant besoin de son unicité que de sa multiplicité. Ouverture et clôture donc pour bien marquer avec Derrida que ces questions de livre ne peuvent s’ouvrir qu’à livre fermé.

Dernière mise à jour : ( 17-09-2007 )